Il y a des choix dans la vie qui se prennent pas avec la tête, mais avec le ventre. Et pour moi, devenir photographe professionnelle, c’était pas une décision rationnelle. C’était une urgence intérieure. Un besoin vital de liberté, de création et d’action. Alors oui, j’ai quitté mon job et la fonction publique avec un métier dit “secure”, parce que je m’y suis ennuyée à mourir, pour me lancer dans l’entrepreneuriat. Et que quand on a de l’énergie à revendre, je crois que c’est un crime de rester enfermée dans un système qui bouge pas. Et non, je ne l’ai jamais regretté.
Quitter mon job, c’était pas un caprice, c’était une évidence.
De la fonction publique à la photo : mon parcours de reconversion
Une scolarité chaotique… mais fondatrice
J’ai jamais été faite pour les bancs de l’école. J’ai quitté le système scolaire en seconde, et je me suis auto-déscolarisée en terminale. J’ai quand même tenté de passer le bac 4 fois en candidate libre. Je l’ai jamais eu (merci le coeff 8 en philo…). Mais j’ai (plus ou moins) essayé. Principalement pour mes parents.
Je pourrais dire que c’est un échec, mais en fait non. Parce que ce que j’ai appris en dehors du système, sur le terrain, m’a bien plus construit que n’importe quelle salle de classe. Sauf que ça, on le sait pas à cet âge, et quitter l’école, toute seule, de son plein gré, bah faut en subir les conséquences derrière…
Aujourd’hui encore, je peux affirmer haut et fort : on peut réussir sans diplôme.


L’animation : la révélation
Quitter l’école, oui, mais pour rien faire, non. Après avoir fait plusieurs petits jobs, je me suis dit qu’il fallait que je fasse quand même quelque chose de ma vie. Alors, je me suis formée à l’animation : BAFA, BAFD, BEATEP (BPJEPS)… Et j’ai découvert un univers dans lequel je pouvais être utile, inventive et libre de créer. Former des animateurs, gérer des groupes, monter des projets éducatifs, faire bouger les choses : j’étais dans mon élément.
Et en parallèle, je faisais beaucoup de photos. À l’époque, je faisais de l’argentique. Je photographiais les enfants pendant les séjours, je créais des panneaux en mode roman-photo pour raconter leurs aventures aux parents. Je montais des blogs. J’adorais ça. Sans même imaginer qu’un jour, ça pourrait devenir mon métier.
Des postes à responsabilités… mais l’impression de stagner
Les années passent, je monte en responsabilités. Je deviens coordinatrice des centres de loisirs à Puteaux, puis responsable pédagogique d’une structure artistique jeunesse à Rueil-Malmaison. Sur le papier, c’était le rêve. J’avais des missions passionnantes, de l’impact et un vrai terrain d’expression. Mais en réalité ? Tout avançait au ralenti.
La fonction publique, c’est des procédures interminables, des décisions qui mettent des mois à être validées, des idées qui restent au fond d’un tiroir. Tu connais ma patience légendaire… J’avais besoin de voir les choses se concrétiser. De créer, vite, bien et maintenant.
La photographie prend de plus en plus de place
Un jour, dans la structure artistique où je bossais, j’ai commencé à photographier les artistes en résidence. Le plaisir est instantané. Je sens que je touche à quelque chose. Et puis mes amies commencent à avoir des enfants, je leur propose des séances grossesse, bébé et famille.
J’ai besoin d’un nouveau projet et que ça avance, alors je décide de me déclarer et de monter mon auto-entreprise (à l’époque – la vache, je parle comme mon père… « à l’époque »), la micro-entreprise d’aujourd’hui. Un numéro de SIRET plus tard, je lance mes premières prestations payées les week-ends. Je monte mon site sur Tumblr, puis Apple, puis WordPress et j’expérimente, j’apprends sur le tas. Le bouche-à-oreille commence à tourner.
Mais à ce moment-là, la photo, c’est un “à-côté”. Une passion parallèle à mon job “sérieux”. Jusqu’à ce que je réalise que ce dernier ne me nourrit plus du tout, ni mon épanouissement personnel, ni professionnel. Je travaille la semaine à temps plein, je shoote le week-end, j’ai une petite fille de deux ans. Je sens que j’ai besoin d’autre chose. Je suis au bord d’une décision.

Je dis stop. J’ai 30 ans. Opération reconversion professionnelle.
À 30 ans, je décide de me mettre à disposition. Pas de chômage. Pas de plan B. Très peu d’économies. Mais une conviction profonde : je veux faire ce que j’aime, à 100 %. Je veux vivre de la photo. Et je suis prête à apprendre, à me former, à me challenger. Je ne veux pas vivre avec des regrets.
Alors, je me lance, à 100%, au bout d’un an seulement de seconde activité. Et très vite, je me rends compte que tout ce que j’ai appris dans mes vies d’avant (l’animation, la gestion de projets, la formation) m’a servi hier, et encore aujourd’hui. Je construis mon activité brique par brique. Je m’entoure. Je teste. Je me plante. Je recommence.

Pourquoi je te raconte toute cette aventure professionnelle ?
Parce que tu es peut-être en train de vivre la même chose que moi à l’époque. Un boulot qui ne te nourrit plus. Une envie de changement. Un rêve que tu n’oses pas formuler. Ou alors, tu es déjà lancé(e), mais tu doutes. Et c’est normal.
Je ne te dis pas que la reconversion en photographie est un long fleuve tranquille. Mais je peux te dire que c’est possible. Même si tu n’as pas de diplôme. Même si tu ne sais pas par où commencer. Même si tu n’as “pas le bon âge”. Et surtout : tu n’as pas besoin d’être une artiste. Tu as besoin d’être sérieux(se), curieux(se), et prêt(e) à apprendre. Le reste, ça se construit, petit à petit.
J’ai pas quitté mon job parce que j’étais instable. J’ai quitté mon job parce-que je ne supporte pas de m’ennuyer. Parce-que j’ai besoin de créer, d’apprendre, de faire. Et aujourd’hui, je vis de la photo et de tout ce que j’ai créé autour. Je vis de ma passion. Et surtout : je vis selon mes propres règles. Alors si tu ressens la même chose, n’attends pas dix ans. Commence à poser des questions. Forme-toi. Échange. Et quand tu te sentiras prêt(e), tu sauras que c’est le bon moment, et tu sais où me trouver pour gagner du temps.


